Acte de fondation

Transcription dactylographiée de l'Acte rédigé le 25 mars 1754

Premier Establissement et origine de la charitable Caisse des Jaccard fondée par Pierre Jaccard Ancien Banderet, et augmentée par les cinq fils, Jost Henry, Jacques-Martin, Pierre-David, Jean Batiste, et Daniel, avec Timothée fils du dit Jost Henry, et les loix et reiglements dicelles, fait et reiglé par les sus nommé le 25 mars 1754.

L'expérience de tous les siècles nous apprend qu'il n'y a rien de plus inconstant que les choses humaines, c'est ce dont le sage nous assure dans ses leçons et dont moi, Pierre Jaccard, ancien Banderet de Sainte-Croix, ai eu tout le temps de me convaincre, puisque par le support de la Divine Providence, je touche à ma 86e année. Ayant vu, pendant ce temps-là, les meilleures familles de cette communauté tomber dans la misère. Et comme Dieu m'a départi une portion des biens de ce monde et m'a béni d'une famille assez nombreuse, qui a actuellement toutes des établissements avantageux, j'ai cru que la prévoyance exigeait de moi d'engager mes enfants à établir un fonds qui, dans les temps à venir, pourra être une ressource pour leurs descendants qui pourront tomber dans la misère. Et mes dits enfants ayant pris goût à la chose, j'ai résolu de commencer moi-même la dite fondation en contribuant par une certaine somme, qui sera augmentée par les contributions que mes dits enfants et leurs descendants feront. Ce qui fera un fonds et formera une société qui établira des lois tant pour l'administration des capitaux que des intérêts et pour la conduite des membres de la dite Société qui seront insérés ci-après, sous l'approbation de LLs EEces, nos souverains Seigneurs, si besoin en est.

Cette société portera le nom de Caisse des Jaccard. Son but en général n'est point pour des réjouissances frivoles, mais pour assister avec les revenus les membres de la Société qui éprouveront des revers, comme incendie, perte considérable de bétail, ravines d'eaux et autres accidents imprévus, comme aussi ceux qui pourraient tomber dans la pauvreté.

Et pour augmenter ce fonds, je conseille à mes dits enfants de continuer à jouer dans l'Eglise de leurs saquebuttes et autres instruments de musique et d'appliquer les gages qu'ils tirent pour cela à augmenter annuellement les capitaux de la dite Société.

Outre les dons gratuits qui pourront parvenir à la dite Société par testaments, donations ou par autre voie, mes dits enfants pourront imposer une certaine taxe sur la naissance d'un garçon ou d'une fille, sur les mariages des membres de la Société et par ces moyens insensiblement on parviendra à augmenter les fonds.

Ils auront surtout soin de veiller sur la conduite des membres de la société qui, par leur débauche, mauvaise pache ou défaut de bon sens, feraient mal leurs affaires, en leur faisant établir des tuteurs qu'ils seraient obligés de souffrir; et ne se voulant pas ranger, on les pourra expulser de la Société, etc.

Les filles des fondateurs et membres de la Société seront censées en être pendant qu'elles ne seront pas mariées, et il n'y aura que les chefs de famille qui auront le droit d'assister dans les assemblées.

Tels sont les conseils que je donne à mes enfants: Jost-Henry, Jacques-Martin, Pierre-David, Jean-Baptiste et Daniel Jaccard, qui se signeront comme fondateurs de la Société, et auxquels je donne ma bénédiction paternelle, souhaitant de tout mon cœur que leurs enfants et les enfants de leurs enfants donnent autant de consolations à leurs pères que les miens m'en ont données. Qu'on voie toujours régner chez tous les membres l'union, la paix et la crainte du Seigneur, que comme la charité y a donné lieu, la piété aussi en soit le solide appui et le sûr fondement.