Caisses de famille

De tout temps, les caisses de famille ont trouvé à Sainte-Croix un milieu et des conditions éminemment favorables à leur développement

Aujourd’hui encore, il en existe plusieurs d’âge respectable dans ce village, disposant toutes de fonds particuliers pour venir en aide à leurs membres. Ainsi que le rappelait très justement un de nos premiers magistrats, «la force spirituelle de ces fondations dépasse peut-être leur signification économique. Car elles maintiennent éveillé le sens de la famille et, dès la jeunesse, rappellent au souvenir ce fait qu’il y a encore quelque chose d’autre que la commune et l’Etat, qu’il existe une communauté du sang qui est la plus naturelle et la plus sacrée, car c’est elle qui transmet la vie, et cette communauté c’est la famille. J’entends bien par là non pas la famille composée du père, de la mère et des enfants, mais celle qui sert, pour ainsi dire, de lit, à un courant fécond qui remonte à une source commune, par-delà les siècles.»

La première de ces institutions qui vit le jour à Sainte-Croix est la Caisse des Jaccard, créée le 25 mars 1754. Son fondateur, l’ancien banderet Pierre Jaccard (1669-1756), en a précisé comme suit les buts:

... comme Dieu m’a départi une portion des biens de ce monde et m’a béni d’une famille assez nombreuse, qui a actuellement des établissements avantageux, j’ai cru que la prévoyance exigeait de moi d’engager mes enfants à établir un fonds qui, dans les temps à venir, pourra être une ressource pour leurs descendants qui pourront tomber dans le besoin. Et mes dits enfants ayant pris goût à la chose, j’ai résolu de commencer moi-même ladite fondation en contribuant pour une certaine somme, qui sera augmentée par les contributions que mes dits enfants et leurs descendants feront... Cette société portera le nom de Caisse des Jaccard. Son but en général n’est point pour des réjouissances et des dépenses frivoles, mais pour assister avec les revenus les membres de la Société qui éprouveront des revers, comme incendie, perte considérable de bétail, ravines d’eaux et autres accidents imprévus, comme aussi ceux qui pourraient tomber dans la pauvreté...

La Caisse des Mennod, fondée dans le même esprit le 24 mars 1787, s’est proposée notamment de «cimenter l’union qui règne entre ses membres et de soutenir pécuniairement ceux d’entre eux qui ont éprouvé des revers et des malheurs au-dessus de leur faculté personnelle». Sont membres de droit de cette société, dès l’âge de seize ans révolus, les descendants mâles des fondateurs et des sociétaires admis ultérieurement.

La Caisse des Gueissaz, créée en 1788, a les mêmes buts que ses devancières. Mais à la différence de la Caisse des Jaccard, dont les membres se recrutent exclusivement parmi les descendants du banderet, elle est ouverte à tous les citoyens âgés de seize ans révolus qui portent le nom de Gueissaz et sont bourgeois de Sainte-Croix.

La benjamine de ces institutions d’entraide est la Caisse des Campiche, créée le 26 juin 1943. Peuvent en faire partie toutes les personnes âgées de dix-huit ans révolus qui portent le nom de Campiche et sont bourgeoises de Sainte-Croix, alors que les autres caisses ne prévoient pas l’affiliation des femmes.